El Ron de Venezuela : une culture nationale
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Cela fait depuis plus de 20 ans maintenant que le rhum Vénézuélien bénéficie d'une DO puis d'une DOC, une Dénomination d'Origine Contrôlée. C'est en 2000 que l'Etat lance une politique de protection des productions locales et nationales. Lorsqu'en 2003, le Ron du Venezuela obtient cette Dénomination, seuls le cacao de Chuao et le cocuy de Pecaya (liqueur d'Agave) ont cette protection. Il est alors le premier rhum de mélasse au monde à construire une DOC.
Le Ron fait partie de la culture intrinsèque du Venezuela. Il s'agit d'un des pays d'Amérique Latine où le rhum est le plus présent dans la vie quotidienne. Fernando Ochoa, directeur général du Fonds vénézuélien de promotion du rhum (Fonproven) rappelle d'ailleurs habilement : "Nous produisions du rhum bien avant de nous appeler Venezuela."
Les fluctuations politiques des dernières années ont renforcé la position du Ron au Venezuela. En effet, alors que le pays était le deuxième consommateur de whisky du continent, derrière l'Uruguay, le renchérissement du coût des produits importés a permis aux producteurs de promouvoir auprès du consommateur vénézuélien un produit en amélioration constante depuis les années 1990, à un prix raisonnable.
De plus, la DOC dont bénéficie le rhum du Venezuela rassemble une douzaine d'entreprises implantées dans les États d'Aragua, Barinas, Carabobo, Cojedes, Lara, Miranda, Monagas, Portuguesa, Sucre, Táchira, Trujillo, Yaracuy et Zulia, soit dans 13 des 23 Etats que compte le pays. Cela donne un large ancrage national à la production de rhum. Par exemple, le Ron Santa Teresa officie dans l'Etat d'Aragua, le Ron Carupano, dans les Etats de Yaracuy, Sucre et Lara, la Destillarias Unidas (Diplomatico) dans les Etats de Lara, Portuguesa et d'Aragua, et Diageo Venezuela CA (Pampero et Cacique), dans les Etats de Portuguesa, Lara et Yaracuy.
Plus globalement, le poids économique du rhum au Venezuela participe de sa popularité.
Le rhum fait partie des industries prestigieuses du Venezuela. Les producteurs de rhums sont regroupés dans le Fondo de Promocion del Ron de Venezuela (Fonproven), fondé en 2008. Le Fonds regroupe treize distilleries du Vénézuela dont Santa Teresa, Destilerías Unidas, Complejo Industrial Licorero del Centro, Destilería Carúpano, Destilería Veroes, Rones del Caribe, Corporación Alcoholes del Caribe, Alcoholes y Añejos Monagas, Industrias Bravo, Celiveca, Alnova et Diageo Venezuela. Elles représentent à elles toutes, plus de 90% de la production et créent 2500 emplois directs et plus de 9000 emplois indirects.
L'industrie rhumière fait partie des branches connaissant la plus forte croissance ces dernières années. En 2022, le marché a généré la vente de plus de 9 millions de litres. Le secteur du rhum représente aujourd'hui 3% du PIB national.
La stratégie de premiumisation des rhums vénézuéliens entamé à la fin des années 1990, a amené la multiplication des médailles lors de concours internationaux. Environ 30% de la production vénézuélienne est exportée et cela dans une centaine de pays.
Après des années de travail sur la qualité du rhum vénézuelien, le 15 août 2003, le Service Autonome de la Propriété, par la Résolution n° 798, reconnaît la Dénomination d'Origine (DO) du Ron de Venezuela.
En 2019, la norme est révisée afin d'harmoniser les productions, d'évaluer le maintien de la qualité dans le temps et de renforcer les caractéristiques techniques. La Dénomination d'Origine devient une Dénomination d'Origine Contrôlée. La qualité est alors contrôlée par des organismes d'Etat.
- Le rhum doit être exclusivement distillé à partir des produits de la canne à sucre. Si la production de rhum de mélasse est importante, il est possible de produire du rhum à partir du miel ou du pur jus de canne. Cette matière première doit être d'origine vénézuélienne.
- Le moût issu de la fermentation devra titrer entre 7 et 9 degrés. En ce qui concerne la mélasse, celle-ci doit être diluée dans environ quatre volumes d'eau pure. La fermentation s'effectue avec un certain nombre de mesures relatives par exemple à la température ou à l'acidité.
- La distillation peut être réalisée en colonne ou en alambic. Celle-ci ne doit pas excéder les 96%. La classification vénézuélienne fait la distinction entre les rhums lourds et les rhums légers.
- Les rhums sont enfûtés entre 50 et 80%, dans des fûts de chênes d'au moins 150 litres. Le rhum doit vieillir au minimum deux années pour prétendre à la DOC.
- Il revient ensuite au Maestro Ronero de sélectionner les fûts de son choix, qui seront par la suite assemblés.
A chaque étape de la production un ensemble d’analyses chimiques et sensorielles, est développé pour s'assurer de la conformité avec les normes établies.
Si le rhum du Venezuela est aujourd'hui surreprésenté en Europe par la marque Diplomatico, celle-ci entraîne cependant dans son sillage une myriade de Ron que nous ne connaissons que par certaines références. Le Ron de Venezuela est d'une richesse que l'on peine encore à imaginer dans nos contrées européennes. Les Maestro Ronero œuvrent depuis plusieurs années maintenant, à faire monter en gamme le Ron de Venezuela, et ainsi continuent à valoriser ce produit national sur la scène mondiale.