Stade’s Rum : la distillerie barbadienne qui signe enfin ses rhums (et révèle ses alambics)
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À la Barbade, certaines maisons ont façonné l’histoire du rhum sans forcément apparaître sur les étiquettes. Stade’s West Indies Rum Distillery fait partie de ces “faiseurs de style” : une distillerie centenaire, un savoir-faire profondément ancré, et une culture de la conservation qui a permis de préserver — littéralement — une partie du patrimoine technique du rhum barbadien.
Et pourtant, pendant des décennies, Stade’s a surtout été la distillerie des autres : George Stade’s distillait dès 1893, mais ne vendait pas “à son nom” ; les familles locales apposaient leurs propres étiquettes, souvent en mentionnant “Stade’s” comme un marqueur de qualité.
Aujourd’hui, ce paradoxe se résout : Stade’s Rum devient enfin la marque de la distillerie, pensée pour mettre en lumière celles et ceux qui y travaillent, les choix techniques… et une collection d’alambics absolument passionnante.
Ce début d'année 2026, deux cuvées inaugurales sortent officiellement et ouvrent le premier chapitre d’une série conçue comme un récit : Distillers Vault.
À la distillerie, il existe un lieu hautement symbolique : le “Distillers Vault”, une salle d’archives où sommeillent livres de distillation et documents historiques. L’idée fondatrice de la série est simple : transformer ces archives en matière créative, et raconter Stade’s par le liquide.
Le principe est clair : chaque édition est limitée et raconte “un chapitre” de la distillerie. Aujourd’hui, place au chapitre 1, en deux volets : Vulcan Two Taps et Old Gregg Fusion.
Ce qui distingue Stade’s, au-delà des machines, c’est la dimension humaine. La distillerie rassemble une équipe nombreuse, portée par une envie de créer et d’expérimenter, dans un esprit de transmission très fort.
Andrew, directeur sur place, passionné et véritable “historien” de la distillerie, qui a passé des années à lire, trier et analyser les archives.
Dario, décrit comme “le papa des levures”, focalisé sur l’évolution des levures (dont levures sauvages) et les dynamiques de fermentation.
Don, maître distillateur, passionné de distillation et de l’histoire des alambics.
Gaylord, chaudronnier, qui a mené un chantier de restauration majeur sur un alambic historique.
Et surtout Digger, mémoire vivante de la distillerie, des décennies de maison et une connaissance intime de certains alambics, au cœur de l’histoire de “Two Taps”.
Ici, la technique n’est pas froide : elle est incarnée, transmise, parfois même “secrète” au sens noble du terme.
Stade’s West Indies Rum Distillery se distingue par une diversité d’outils de distillation rarement réunie sur un seul site. Parmi les pièces majeures :
Vulcain : un alambic à chambre, véritable “ovni” technique, ni colonne ni pot still, remis en service et devenu l’une des signatures contemporaines de Stade’s.
Rockley : un alambic en cuivre historique, restauré, souvent cité comme une pièce rare et potentiellement parmi les plus anciens du genre encore existants.
Old Gregg (1850) : un alambic ancien, pilier de l’histoire technique de la maison.
Et différentes colonnes, qui élargissent encore la palette de styles possibles.
Ce parc d’alambics explique l’ambition de Stade’s Rum : proposer, au fil des éditions, des profils aromatiques distinctifs, ancrés dans des outils et des pratiques identifiables.
Cette cuvée met en avant l’alambic Vulcain, pièce maîtresse du parc Stade’s. Mais son nom raconte surtout une histoire de distillerie, au sens le plus concret du terme.
Lors de la remise en fonctionnement du Vulcain, une seule personne savait réellement le “faire distiller” : Digger. Au moment de rallumer l’alambic, il explique que “ça ne va pas fonctionner” si l’on n’effectue pas deux petites tapes à un endroit précis, afin de le remettre d’aplomb et de garantir une distillation correcte.
C’est de là que vient le nom “Two Taps” : un clin d’œil direct à cet instant de transmission — un geste minuscule, mais décisif, qui résume l’âme d’une distillerie où l’on apprend autant par l’archive que par le terrain.
Ce que Vulcan Two Taps raconte : la Barbade des ateliers, la mémoire des machines, et le savoir qui ne s’écrit pas toujours dans les manuels.
Avec Old Gregg Fusion, Stade’s ouvre un chapitre différent : celui de la matière première et de la recherche.
La distillerie travaille depuis plusieurs années avec un centre historique de recherche sur la canne à sucre, afin d’identifier des variétés particulièrement adaptées à la production de rhum (et pas uniquement optimisées pour le sucre). Cette démarche s’inscrit dans une volonté claire : faire évoluer la Barbade, historiquement “île sucrière”, vers une logique plus directement “île rhumière” sur le plan agricole.
Et “Fusion” traduit cette philosophie dans l’assemblage : les deux matières premières du rhum sont réunies dans une même cuvée, à savoir rhum pur jus de canne et rhum de mélasse.
Ce que Old Gregg Fusion raconte : le lien entre héritage et futur, l’agriculture au service du style, et une approche très lisible pour l’amateur : comprendre le rhum par ses origines de fabrication.
Ces deux cuvées inaugurales posent immédiatement un cadre solide :
Une marque légitime, née d’une distillerie historique qui n’avait jamais “signé” ses rhums en propre.
Un récit technique crédible, construit sur des personnes identifiables, des gestes réels, et des outils de distillation concrets.
Une série (Distillers Vault) qui donne envie de suivre : éditions limitées, chapitre après chapitre, avec une logique éditoriale claire.
Pour un lecteur passionné, c’est exactement ce qu’on attend d’un lancement : du sens, de l’origine, et une promesse de suite.